La Cité des Antiquaires de Lyon : cinq décennies d’élégance et d’Histoire à Villeurbanne (69)
Au fil des années, la Cité des Antiquaires de Lyon, située sur le boulevard Stalingrad à Villeurbanne, a incarné l’un des piliers de la scène du marché de l’art ancien en France. Son rayonnement, qui a duré près d’un demi-siècle, témoigne d’un passé riche, d’un savoir-faire artisanal et d’une passion pour l’histoire, aujourd’hui gravée dans la mémoire collective de la métropole lyonnaise. La fermeture en 2017 a marqué la fin d’une aventure commerciale et culturelle, mais aussi la fin d’une ère, laissant derrière elle un héritage précieux qui témoigne de l’évolution du marché de l’antiquité et de la dynamisme d’un secteur en mutation.
Naissance d’un temple de l’antiquité : l’histoire de la Cité commence en 1967
Tout débute en 1967, dans un contexte où Lyon, déjà réputée pour son patrimoine historique, cherche à moderniser et dynamiser son secteur des antiquités. C’est Maurice Bramy, antiquaire lyonnais passionné, qui pose la première pierre en transformant un vaste entrepôt industriel en un lieu dédié à la brocante et à l’antiquité. Le « Marché Bramy » voit alors le jour, proposant une centaine de stands d’antiquaires indépendants, tous réunis sous un même toit. L’initiative rencontre rapidement un vif succès, attirant amateurs éclairés, collectionneurs, et simples curieux, en quête de mobilier, de tableaux, de bijoux ou d’objets décoratifs.
Ce marché, installé dans une ancienne usine réhabilitée, devient vite un lieu incontournable pour ceux qui veulent dénicher des pièces rares ou authentiques. Avec près de 150 antiquaires proposant des objets de qualité, il incarne la convivialité, la richesse du savoir-faire français, et la passion pour l’histoire. La Cité des Antiquaires, dans son premier souffle, n’est pas seulement un lieu de commerce, mais un véritable carrefour culturel, une vitrine du patrimoine français.
L’expansion et la renommée européenne : la Cité devient une référence
À la fin des années 1980, le site connaît une nouvelle étape de son évolution. En 1989, après deux décennies de succès, le marché s’installe dans une galerie moderne de 4 000 m² sur deux niveaux, rebaptisée successivement « Association Stalingrad » puis « Brocante Stalingrad ». Ce déménagement marque la volonté de professionnaliser encore davantage l’activité, en offrant un espace plus vaste, plus moderne, et mieux adapté aux attentes d’une clientèle de plus en plus internationale.
Inaugurée par le maire de l’époque, Charles Hernu, la nouvelle Cité des Antiquaires rassemble alors 130 professionnels spécialisés dans la chine, le mobilier régional, les boiseries, les tapis, les sculptures, ainsi que les objets de collection tels que cartes postales ou dentelles. La proximité du parc de la Tête-d’Or contribue à renforcer l’attractivité du site, qui devient rapidement un des pôles majeurs du marché de l’art et du mobilier ancien en Europe.
Les acheteurs, venus de toute la France mais aussi du Japon, de Chine ou des États-Unis, contribuent à faire de la Cité une référence incontournable. La qualité et la diversité de l’offre, la certification d’authenticité, ainsi que l’ambiance conviviale, font de ce lieu un espace privilégié pour les collectionneurs et les professionnels du secteur.
Phase de déclin annoncé par les mutations économiques et culturelles
Cependant, cette période de prospérité est de courte durée. Dès le milieu des années 1990, la donne commence à changer. L’ouverture des Puces du Canal, également à Villeurbanne, redistribue la concurrence, tandis que le marché de l’antiquité subit de profondes mutations. La montée en puissance d’Internet bouleverse les modes de consommation, permettant aux acheteurs de dénicher des pièces rares sans se déplacer, et modifiant ainsi le rapport au lieu physique.
Par ailleurs, les goûts des acheteurs évoluent : la demande pour le mobilier ancien décline progressivement, remplacée par d’autres types d’objets ou de pièces modernes. La Cité, autrefois florissante, voit son nombre de marchands diminuer inexorablement. Avec plus d’une centaine de vendeurs à son apogée, elle passe à seulement 42 à la veille de sa fermeture. La superficie de la galerie, devenue surdimensionnée, ne correspond plus à la réalité du marché. La crise économique de 2008, qui frappe durement le marché international, notamment la clientèle américaine, constitue un coup supplémentaire à cet édifice déjà fragilisé.
Selon Alain Cohen, alors cogérant de la structure, les difficultés ne se résument pas à la conjoncture économique. La gestion du lieu, marquée par des tensions internes, un manque de projets communs, et une lassitude grandissante, contribue aussi à la dégradation de ce lieu emblématique.
La fin d’une époque : la fermeture en 2017 laissant un héritage durable
Après plusieurs années de déclin, la décision est prise en 2017 : la Cité des Antiquaires ferme définitivement ses portes. La fin d’une aventure qui aura marqué la scène lyonnaise et européenne du marché de l’art ancien. Le promoteur immobilier Gilbert Giorgi rachète progressivement les stands, et les antiquaires doivent quitter leur espace pour se disperser dans divers lieux, tels que la rue Auguste-Comte, la place Bellecour ou encore les Puces du Canal.
Les structures qui ont abrité cette institution emblématique sont démontées, les escalators sont supprimés, et les espaces réaménagés en bureaux ou en commerces, notamment pour l’extension des Terrasses du Parc. La disparition de la Cité des Antiquaires ne constitue pas seulement la fin d’un lieu, mais aussi celle d’une époque, d’un modèle économique et culturel qui a façonné l’histoire du marché lyonnais.
Malgré sa fermeture, la Cité des Antiquaires laisse derrière elle un héritage indélébile. Pendant près de cinquante ans, elle a été un lieu de rencontre, d’échange et de transmission, un symbole du savoir-faire français en matière d’art et d’antiquités. Elle fut aussi un témoin de l’évolution des modes de consommation, de la mondialisation du marché de l’art, et des mutations économiques qui ont façonné la secteur depuis les années 1960.
Plus qu’un simple marché, la Cité a incarné la passion pour le patrimoine, la recherche de pièces rares, et la volonté de préserver un savoir-faire artisanal. Son souvenir demeure vivace dans le cœur des collectionneurs, des antiquaires, et de tous ceux qui ont croisé son chemin. Elle rappelle que, malgré les vicissitudes du temps, la culture et l’histoire restent des piliers fondamentaux de notre identité.
Nostalgie d’une époque
La fermeture de la Cité des Antiquaires de Lyon en 2017 marque la fin d’une ère, mais aussi le début d’un nouveau chapitre pour le marché de l’art ancien. Si le lieu a disparu, son esprit perdure dans la mémoire collective, comme un symbole d’un savoir-faire artisanal, d’une passion pour l’histoire, et d’une époque où Lyon brillait comme l’un des grands centres européens de l’antiquité. La Cité a façonné plusieurs générations de passionnés, laissant une empreinte indélébile dans le patrimoine culturel de la région lyonnaise. Elle demeurera longtemps encore comme un témoignage précieux du dynamisme et de la richesse du marché de l’art ancien en France.
Alors aujourd’hui, pour chiner à Lyon, comme depuis plus de trente ans, l’une des meilleures adresse est : Les Puces du Canal







