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La Biennale des antiquaires sur une mauvaise pente

La biennale des antiquaires de Paris, manifestation désormais annuelle (!) et mal-nommée Biennale Paris, comme si « antiquaire » était devenu un gros mot, a perdu de sa superbe.

La Biennale ne dure plus que cinq jours et le nombre d’exposants est réduit à 67, dont 12 « petits nouveaux ». Déjà, en 2018, la rencontre avait brillé par ses espaces vides. En dépit d’une baisse de 50 % du prix des stands, toutes les places n’avaient pas trouvé preneur. Nous sommes loin des 280 exposants de la Tefaf de Maastricht. Sans oublier Masterpiece à Londres ou la Biennale de Florence (voir plus loin). On pourrait se dire que si les participants sont moins nombreux, ils sont plus prestigieux, plus internationaux. Que nenni ! Bon nombre d’entre eux sont semblables à ceux que l’on voit sur les bons salons d’antiquaires de Province, que nous fréquentons et aimons depuis des années chez Aladin Antiquités. Mais ces derniers n’ont pas les mêmes prétentions. Cherchez l’erreur.
Plus grave : la CNE (la Compagnie Nationale des Experts), qui était responsable du comité d’expertise de la Biennale, a claqué la porte avec son très respecté président Frédéric Castaing. La CNE s'en explique dans un communiqué. « Malheureusement, pour des raisons qui sont les siennes, la direction du SNA (le Syndicat National des Antiquaires qui organise la rencontre : NDLR) a été amenée à faire des choix, en particulier dans la sélection des exposants, qui ne nous paraissent plus en adéquation avec la mission qui nous fut confiée en 2017. En conséquence, la Compagnie Nationale des Experts quitte avec regrets la coprésidence de la commission d’admission des objets de la Biennale Paris ». Elle reproche notamment au SNA d’avoir persisté à admettre des exposants mis en examen, dont Phoenix Ancient Art (poursuivi en Belgique pour blanchiment et faisant l’objet d’enquêtes en Suisse pour un sarcophage romain provenant de fouilles illégales en Turquie) et Jean-Claude Vrain (mis en examen en France dans le cadre du scandale Aristophil). Le départ de la CNE est d’autant plus préoccupant que, partout à l’étranger, les grandes manifestations ont assis leur prestige sur un comité d’expertise imposant.
Pour « boucher les trous », le président du SNA, Mathias Ary Jan, a eu la brillante idée d’accorder un espace de 300 m² au royaume de Bahrein pour y présenter l’art contemporain et l’artisanat de ce pays. S'il ce fût s'agit d'artisanat du Limousin ou de Lorraine, on aurait entendu certains hurler à la brocante. Autre point "fort" de la manifestation, les mondanités, avec une commission comprenant le prince Amyn Aga Khan, Christopher Forbes, Alain-Dominique Perrin (de la Fondation Cartier pour l’Art contemporain), etc. Ne s’éloigne-t-on pas des fondamentaux ? Il est loin de temps de l'inauguration par André Malraux ! La seule chose qui n’ait pas baissé, c’est le prix d’entrée (35 euros).

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