Vérrerie

Venini : de verre et de lumière

Natif de Cusano, près de Milan, Paolo Venini se destinait à une carrière d’avocat. Sa rencontre avec Giacomo Cappelin, un antiquaire milanais, après la Première Guerre mondiale, en décida autrement

Associé au maître verrier Andrea Rioda, Paolo Venini et Giacomo Cappelin fondent, en 1921, à Murano, l’entreprise Cappellin-Venini & Cie, qui allait donner un nouveau souffle à la verrerie traditionnelle sur cette île du nord de Venise. Le lieu avait avait été le principal centre de production européen dès la fin du XIIIe siècle. La nouvelle société s’adjoint rapidement les services du peintre Vittorio Zecchin.
Venini n’est pas un ardent défenseur des traditions ; il cherchera toute sa vie à s’en affranchir par l’expérimentation de nouvelles techniques (il sera notamment l’un des premiers sur l’île de Murano à utiliser le méthane, ouvrant un champ infini de couleurs). Il défendra une recherche stylistique sans relâche à travers d’innombrables collaborations. 
Dès 1923, la jeune société expose ses productions au salon des arts décoratifs de Monza, puis à la Biennale de Venise, à Milan, à Rome, à Turin…. Chaque fois, elle suscite l’intérêt de plusieurs musées internationaux qui incorporent ses œuvres dans leurs collections à partir des années 1930. Tel est le cas du Musée d’art moderne de New York. En Scandinavie, la marque Venini s’est durablement imprimée auprès des stylistes et designers du XXe siècle.

Le divorce
Mais, dans l’intervalle, l’association Cappellin-Venini a fait long feu. Le le divorce est consommé. En 1925, Paolo se retrouve à la tête de la VSM Venini & C, dont il confie la direction artistique au sculpteur Napoleone Martinuzzi. Sous sa houlette, l’orientation résolument moderniste se poursuit tambour battant et la production se diversifie. Aux vases originels s’ajoutent des représentations d’animaux, fleurs et fruits stylisés, ainsi qu’une large gamme de luminaires.
Entrepreneur visionnaire, l’ancien avocat Venini cultivait entre autres talents celui de savoir bien s’entourer. Les architectes Tomazo Buzzi et Gio Ponti, l’artiste Carlo Scarpa, la céramiste suédoise Tyra Lundgren (à l’origine de la légendaire coupe en forme de feuille, largement déclinée par la suite), le peintre américain Ken Scott ou encore le graphiste Fulvio Bianconi sont quelques-uns des grands noms associés à la verrerie Venini dans l’Entre-deux-Guerres et jusqu’à la fin des années 1950. 

Des créations iconiques
Fulvio Bianconi est notamment à l’origine du fameux Fazzoletto, le vase mouchoir considéré comme l’un des « classiques » de la prestigieuse maison vénitienne, vendu aujourd’hui près d’un millier d’euros en boutique.
Venini, le fondateur de la verrerie et de la marque alors renommée à travers toute l’Europe meurt en 1959, et c’est son gendre, l’architecte Ludovico Diaz de Santillana, qui se retrouve à la tête des affaires familiales, perpétuant l’esprit d’innovation technique de Paolo et le recours à des artistes contemporains de premier plan. Tobia Scarpa, le Finlandais Tapio Wirkkala, les architectes et designers italiens Alessandro Mendini, Gae Aulenti et Ettore Sottsass contribueront ainsi à étoffer le catalogue et à promouvoir la société qui restera dans le giron familial jusqu’à la fin des années 1980.

L’entreprise passe de main en main
En 1972, un incendie détruit les bureaux et les archives de l’entreprise, privant les historiens de l’art et de l’industrie de précieuses données, mais n’affecte pas la production. Dans les années 1990, Venini devient un véritable enjeu économique et stratégique pour de grands groupes financiers italiens. Arturo Ferruzzi et Raul Gardini finiront par en prendre le contrôle. En 1997, l’entreprise compte plus d’une centaine de salariés. Le marché italien ne représente plus que 50 % de la production et les exportations s’envolent.
Gardini vend alors la verrerie de Murano au groupe Royal Scandinavia, qui ne la conservera que quatre ans dans son portefeuille avant de la céder au groupe Italian Luxury Industries. En 2016, c’est le joaillier Damiani qui acquiert le joyau de la verrerie de luxe. Entre 2008 et 2015, le chiffre d’affaires de Venini est passé de 15 à 10 millions d’euros.
Le secteur de la décoration et de l’illumination des hôtels et boutiques de luxe (certains lustres sont vendus plus de 100 000 euros) offre également un important potentiel de développement à la verrerie de Murano qui, dans ses habits de couleurs et de lumière, se dirige vers son centenaire.
Barnebys
www.barnebys.fr
www.barnebys.com

...