Collections diverses

Les puces couturières, un phénomène de société

Boutons, passementerie, ciseaux, fuseaux et nécessaires à coudre… Dans les puces couturières, on s’arrache ces petites choses pour les utiliser ou pour le pur plaisir de les collectionner…

Une fois n’est pas coutume ! Les tendances les plus branchées ont redonné vie à certains secteurs de la brocante. Ainsi, la vague du DIY (traduisez « do it yourself ») et de ses « tutos » sur Internet, populaires même auprès des plus jeunes, a eu du bon sur le marché des objets de mercerie. Ce n’est pas Carole Naslin-Bugnot, qui tient le stand « Quand nos grands-mères cousaient », au Marché Vernaison aux Puces de Paris-Saint-Ouen, qui dira le contraire : « Ma clientèle s’est professionnalisée », commente cette ex-juriste. « Ici, je reçois souvent de jeunes créateurs en quête d’inspiration, ou des costumières qui veulent fabriquer des vêtements selon le goût d’une époque, des décorateurs de la télévision également quand il s’agit de reconstituer une mercerie rétro. » Parmi les musts de ses ventes : rubans, galons et passementerie que la mode remet au goût du jour et que les élégantes aiment mixer à leur tenue. Actuellement, la tendance est aux plumetis, notamment chez les Japonais qui sont souvent des indicateurs sur ce marché. « Toutefois, précise la marchande, ce segment ne concerne pas les collectionneurs, mais les adeptes de la mode qui utilisent ces produits pour leur création. »

Les cartes de fil ont la cote

Pour Carole Naslin-Bugnot, l’histoire a débuté dans les années 80 avec la vogue du point de croix lancée par Régine Deforges et Geneviève Dormann. « Toutes les filles voulaient s’y mettre, car ces deux femmes étaient libérées, féministes reconnues. Cela modernisait le secteur de l’ouvrage de dame. Moi qui n’avais jamais cousu de ma vie, j’ai découvert la mercerie avec ravissement… » Vient alors le succès des ouvrages sur le point de croix de Véronique Maillard et Sylvie Castellano, la découverte des albums de la marque mercière Sajou proposant des modèles et des astuces de réalisation. « Certaines personnes collectionnent maintenant ces petits livres, car ils témoignent de l’engouement d’une époque et sont jolis » relève Madame Naslin-Bugnot.

Cependant, la collection des articles de mercerie est loin de se cantonner aujourd’hui au point de croix qui, en quelques années, a connu un déclin : « On s’oriente vers des collections plus hétéroclites ou plus spécifiques, comme les cartes de fil, les dés à coudre, les tricotins ou les nécessaires… » Son favori ? « J’aime beaucoup les cartes de fil en lin, un objet charmant… certains modèles sont superbement décorés et témoignent de l’époque à laquelle on les a fabriqués… Elles se présentent comme des cartons plats servant à accueillir le fil, certaines sont très décorées… » Rien de très étonnant, car ces fameuses cartes s’ornent de motifs superbes : monuments de Paris, sports en tout genre, vues de régions françaises, dessins orientalistes. « J’ai, parmi mes clients, des collectionneurs masculins qui les recherchent avec passion », souligne Mme Naslin-Bugnot. Ils en sont si amoureux qu’ils les rangent dans des albums, par thème. Le nec plus ultra étant de montrer une carte avec son fil et une autre nue, laissant apparaître le motif… car il faut bien comprendre que ces cartes étaient entièrement illustrées, même sous les parties invisibles. »

Parmi les marques fétiches de cette collection très particulière, on relèvera les noms de fil Au Chinois, Carte de fil Amour et La Tonquinoise. Dans les autres raretés du genre, notre passionnée a déniché il y a quatre ans des bobines régionales de fil Sartel en forme de poupées régionales. « Ce sont des objets étonnants, avec des coiffes et un morceau de tissu permettant d’habiller la bobine comme une poupée… à la pièce, on les déniche autour de quinze euros et elles sont très prisées par les collectionneurs. » Parmi cet inventaire poétique, le tricotin s’impose comme une autre star : « C’est une pièce très collectionnée, mais hélas on en trouve de moins en moins… c’est un peu la guerre pour en dénicher ! »

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Coudre ou collectionner, telle est la question

Deux tendances se dessinent dans ce panorama mercier : les personnes qui cousent et les collectionneurs. « Il n’est pas rare que les deux se superposent », analyse la passionnée. « La mercerie ancienne plaît, car elle approche plusieurs domaines : la mode, les arts populaires révélateurs des usages du temps, et les petits objets décoratifs, proches en cela des objets de vitrine… » Côté collection, les classiques restent d’actualité, notamment les boutons anciens. « Ils sont l’objet de collection, par excellence », commente la marchande de Vernaison. « Leur beauté fascine. On peut les considérer comme des bibelots et les disposer dans une vitrine… »

En effet, on ne peut qu’admirer certains objets : dés à coudre anciens, ciseaux précieux, nécessaires de couture raffinés ou revues de mode anciennes. Dans cette catégorie, notre interlocutrice est particulièrement attachée au Journal des dames et des demoiselles et à La Mode Illustrée, une revue de qualité. « Cet ancêtre de Modes et Travaux est superbe, note l’amatrice, notamment les numéros autour de 1870 avec des pages d’ouvrages incluses… Pour moi, les revues de mode sont une part indissociable de la collection de mercerie ancienne, car tout cela ensemble compose un univers à part… ».

La marchande de Vernaison est également collectionneuse : « Ma collection n’est pas précieuse, mais elle est abondante. Ce que j’aime, c’est cette mercerie populaire qui parle des usages d’une époque, les étiquettes et les boîtes de fil avec des chromos… »

Les puces couturières attaquent

Dans ce paysage chatoyant, les puces couturières font figure de rendez-vous indispensable. Toute l’année, on les voit fleurir partout en France avec leur lot de fournitures pour le patchwork, le tricot, les boutons, les galons, les dentelles, jusqu’aux coupons textiles. Sur certaines de ces manifestations dédiées, on peut rencontrer un réparateur de machines à coudre ou un affûteur de ciseaux ! Véritable phénomène de mode, particulièrement en Province, les puces couturières sont l’expression la plus manifeste de cet engouement pour les objets de couture.

Au Croisic, Françoise Leseurre organise depuis trois ans, une manifestation très prisée dans l’enceinte de l’ancienne criée. « Le grand avantage des puces couturières, contrairement aux brocantes classiques, est de réunir dans un même lieu tout ce qui a trait aux travaux de couture », relève la passionnée de couture. En général, ces manifestations sont organisées par des clubs de couture, tel « L’pique et brode », l’association croisicaise. Une bonne façon de les repérer est donc de parcourir les listes d’associations locales. « Attention, note Mme Leseurre, les puces couturières ne sont pas des brocantes à proprement parlé… » Est-ce à dire que les collectionneurs n’y trouveront aucun intérêt ? « Pas du tout, car nos exposants proposent toujours des pièces anciennes. Nous avons chaque année de superbes trouvailles comme des carrés de dentellière de la fin du XIXe siècle ou des vieilles bobines en bois absolument magnifiques… »

Dans l’ensemble règne la variété : « Parmi les objets anciens, on trouve beaucoup de jolis dés, des boutons de collection, des fuseaux et des dentelles précieuses… » Traditionnellement, les exposants des puces couturières sont des particuliers au nombre d’une quarantaine, en moyenne. Françoise Leseurre a toutes les raisons de se réjouir, car ses puces sont un immense succès. En une seule journée, elles attirent pas moins de 2 000 visiteurs sur le port. Témoin de ce succès, les réservations sont en général bouclées bien avant le début de la manifestation. « Nous affichons complet depuis trois ans… », se réjouit la Croisicaise qui prépare déjà l’événement de septembre 2019. Un succès qui prouve que loin d’être en panne, le secteur de la mercerie ancienne a tout d’un bel ouvrage cousu main…