Peinture ancienne

La restauration de peintures

Un art ou une science ?

La restauration d’œuvres peintes est un travail de patience pratiqué par Annette Douay depuis plus de trente ans. Consolider le support et la couche picturale ou combler les manques sans trahir l’artiste sont autant de défis. Rencontre avec une passionnée et découverte d’une activité en perpétuelle évolution.

Derrière les immenses vitres, sous les arcades du Viaduc des arts, à Paris. Les passants peuvent voir Annette Douay et son équipe prendre en charge des peintures de chevalet et des objets d’art peints venant de particuliers et d’institutions. Certains ont juste besoin d’un « bichonnage » avant leur accrochage. D’autres demandent de nombreuses heures de restauration. Paysage moderne frôlant l’abstraction, portrait d’époque Louis XIV, coffre d’art populaire du XIXe siècle : des œuvres de toutes sortes cohabitent dans l’Atelier du temps passé.
C’est de sa mère qu’Annette tient sa passion des objets anciens. « Elle m’a appris à les regarder, à les toucher, à m’intéresser à leur histoire en m’amenant dans les braderies du Nord, les maisons de vente et les musées. Faites de matières organiques, elles dégagent quelque chose de fort. »
La restauratrice découvrira sa vocation par hasard . « Presque brutalement », comme elle dit. « Je voulais travailler avec mes mains et ma tête, raconte-t-elle. Le déclic est venu de la découverte des ateliers du Louvre. »

Une démarche empirique

« Au début des années 1980, il n’existe pas de formation en France », poursuit la restauratrice. Ce sont des peintres qui interviennent sur les tableaux abîmés. « La liberté de l’artiste, la culture du secret d’atelier, l’absence de contrainte ont eu des répercussions », note-t-elle. « L’usage de produits instables et non réversibles a fait des dégâts. »
Dans les années 1980, la conservation et la restauration évoluent suite à des scandales. Un code de déontologie international et des enseignements spécifiques sont mis en place. Formée dans la prestigieuse école de Florence (Italie), Annette Douay fait figure de pionnière lorsqu’elle s’installe dans le Faubourg Saint-Antoine. La jeune femme choque d’ailleurs quelques collègues, car elle est l’un des premiers artisans à dévoiler ses techniques au grand public. 
« Beaux-arts, chimie et techniques de laboratoire, histoire de l’art : les nouvelles générations de restaurateurs suivent aujourd’hui des formations de trois à cinq ans : le métier s’est anobli » se réjouit notre hôte. Aujourd’hui, l’essentiel des spécialistes en France partage les pratiques de respect de l’intégrité de la création originale.

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Vive la science !

« Découvrir, c’est ce que j’aime le plus dans mon métier », explique Annette Douay avec un sourire gourmand. « Ici une signature ou un repentir de l’artiste, là un blanc de titane qui permet de dater l’œuvre ». L’artisan d’art n’a de cesse de se perfectionner et de participer à l’évolution de sa profession. Des prélèvements permettent d’apporter des indices. « L’usage de lasers et autres techniques dérivées du monde médical se généralisera peut-être demain. » Déjà, « l’Atelier utilise un outil très rare d’imagerie hyperspectrale, dans le cadre d’une collaboration avec le Laboratoire d’Archéologie Moléculaire et Structurale. L’œuvre est scrutée point à point pour permettre à des logiciels d’identifier la matière, donc d’authentifier et dater les œuvres d’art de manière non invasive. »
Côté soins, « les tables chauffantes à basse pression évitent les rentoilages », explique Annette. « Les doublages pratiqués avant les années 2000 camouflent des informations livrées par le dos de l’œuvre ». Les nouvelles pratiques faciliteront les expertises et les restaurations de demain.

Conseils pratiques

Évitez les produits de nettoyage comme les remèdes de grand-mère qui altèrent les matériaux ou laissent un film sur lequel la poussière se colle. Utilisez une plume d’autruche pour dépoussiérer sans abîmer la couche picturale.
Comptez à partir de 100 euros pour un « bichonnage ». En une ou deux heures, le restaurateur décrasse, voire revernit une toile. 
Source de chaleur, plein soleil et salles d’eau altèrent l’œuvre. Pensez-y avant d’installer vos trouvailles.