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Aladin-Antiquites - Les  Peintres Pompiers
Les Peintres Pompiers

EXTRAITS - MORCEAUX CHOISIS Revoilà les pompiers ! Le XIXe siècle ne se cantonne pas à Delacroix, Monet ou Renoir. À l’époque, les artistes académiques règnent en maître. Longtemps décriés, ils sont aujourd’hui reconnus et exposés dans les musées. Les prix ne connaissant pas de surchauffe. Le collectionneur peut s’y intéresser. Couverts d’honneur de leur vivant, adulés du grand public, collectionnés par les puissants, les peintres académiques sont, avec le Premier conflit mondial, tombés en disgrâce. Leur peinture jugée trop léchée, ampoulée et… pompeuse a été reléguée au rang « d’art pompier » et oubliée dans les réserves des musées ou remisée dans les greniers. Avec l’ouverture du musée d’Orsay en 1989, les peintres pompiers ont commencé à sortir du purgatoire. Les visiteurs ont redécouvert cet art oublié. Le travail de réhabilitation s’est poursuivi au même musée d’Orsay fin 2010 avec la présentation de l’œuvre de Jean-Léon Gérôme (1824-1904) et au musée Fabre de Montpellier avec Alexandre Cabanel (1823-1889), artiste préféré de Napoléon III. Désormais, un peu partout en France, des institutions moins prestigieuses exposent des gloires de l’art pompier. Ce renouveau muséal peut-il inciter les chineurs à acheter ces toiles, d’autant plus que ces artistes restent bien plus abordables que leurs ennemis jurés de l’époque, les Impressionnistes ? Après tout, s’ils sont réhabilités par les historiens d’art et les conservateurs de musée, on peut espérer qu’ils se valoriseront et deviendront un jour « inaccessibles ». Malheureusement, la réponse n’est pas simple, car l’art pompier n’a rien d’uniforme et ses représentants nombreux, et de qualités inégales. L’art de la Belle Époque a été appelé « Pompier » par dérision à partir du moment où les peintres impressionnistes ont triomphé. Cette catégorie d’artistes englobe ceux qui, dans la deuxième moitié du XIXe siècle et au début du XXe, respectent encore le principe de la « belle peinture », les conventions stylistiques de l’Académie des Beaux-Arts et leurs grands prédécesseurs, David et Ingres. 300 francs or, la minute de pinceau Les plus réputés de ces artistes mènent grand train. Ils occupent de superbes hôtels particuliers, décorent leurs ateliers comme une scène de théâtre d’inspiration médiévale ou orientale, vivent fastueusement et ne négligent pas une certaine touche d’excentricité, se déguisant en mousquetaires ou en nobles de la Renaissance lors des séances de pose de leur clientèle. Clientèle forcément riche, car il fallait de l’argent pour leur passer commande. Bouguereau ne se vantait-il pas de coûter plus de 300 francs or la minute de pinceau ! Les Pompiers combattent tous avec véhémence les nouveaux mouvements artistiques, affichant une haine féroce envers les Impressionnistes et fustigeant le Salon des Refusés créé en 1863. Jean-Léon Gérôme qualifiait ainsi l’impressionnisme de « déshonneur de l’art français » et les œuvres des peintres de ce mouvement « d’ordures », conseillant d’accrocher L’Olympia de Manet aux Folies Bergère. Encensés, adulés, considérés un peu comme aujourd’hui Jeff Koons ou Murakami, ils n’étaient cependant pas tous à l’abri des critiques. Ainsi, Joris-Karl Huysmans (1848-1907) décrivait La Naissance de Vénus, de Bouguereau, grand tableau représentant la déesse nue aux longs cheveux entourée d’une myriade d’angelots, comme « de la peinture gazeuse, de la pièce soufflée au léché flasque comme de la chair molle de poulpe ». Huysmans était un précurseur, car c’est bien ce côté ripoliné, sans bavures et sans âme qui allait perdre les peintres académiques. De même que l’invraisemblable kitsch de certaines représentations où l’artiste réinventait l’histoire. Gladiator et Games of thrones Depuis une trentaine d’années, les pompiers reprennent des couleurs et séduisent à nouveau les collectionneurs. Pour le comprendre, il faut citer Dominique de Font-Réaulx, conservatrice, directrice du musée Eugène Delacroix et commissaire de l’exposition Gérôme au musée d’Orsay. « L’influence des pompiers s’est jouée sur le grand écran et non dans la peinture. Leurs toiles ont inspiré tous les grands réalisateurs d’Hollywood : Cecil B. DeMille et son Samson et Dalila, William Wyler pour son célèbre Ben Hur, Mankiewicz et son inoubliable et très ennuyeuse Cléopâtre qu’on croirait sortie d’une toile de JJA Lecomte du Noüy, Ramsès dans son harem, ou encore plus récemment Ridley Scott et son Gladiator. Sans parler des péplums produits à la chaîne par les studios de Cinecittà et inspirés par les invraisemblables compositions de Georges Rochegrosse (1859-1938). » Il faut également ajouter, comme le souligne toujours Dominique de Font-Réaulx, que ces peintures renvoient à « la culture populaire d’aujourd’hui ». Il suffit de regarder les jeux vidéo ou de penser au succès planétaire de la série Games of Thrones, dont les costumes néo-gothiques ressemblent à ceux des modèles des artistes pompiers férus de légendes et récits moyenâgeux. Les conférenciers du musée d’Orsay, qui initient les jeunes générations à la peinture du XIXe siècle, admettent souvent commencer par les grandes fresques épiques pour retenir l’attention des enfants et leur rappeler les jeux dont ils sont « accros ». Ces films, séries télévisées et jeux vidéo, qui ont eu une influence considérable, expliquent en partie le succès des expositions consacrées aux peintres pompiers qui redeviennent ainsi « tendance ». Orientalisme et scènes de genre Quant aux collectionneurs, ils n’ont jamais franchement totalement disparu, surtout pour les peintres orientalistes. Les amateurs du Moyen-Orient et nombre de Français qui ont vécu au Maghreb les collectionnent depuis toujours et parmi eux, on trouve le roi du Maroc. Ils apprécient ces tableaux à l’exotisme opulent, aux couleurs riches, aux intérieurs rutilants, aux personnages richement habillés, offrant ainsi une image d’un Orient des mille et une nuits. De nombreuses enchères sont depuis des dizaines d’années orchestrées autour de l’Orientalisme. On y trouve le pire comme le meilleur. Les peintres pompiers sont également d’excellents portraitistes. Les portraits réalisés par Alexandre Cabanel, Pascal Adolphe Jean Dagnan-Bouveret (1852-1929), Léon Bonnat (1833-1922), Carolus Duran (1837-1917) ou Georges Clairin (1843-1919) trouvent facilement acquéreur dans les salles de vente ou dans les galeries. L’acheteur aurait-il l’impression de partager l’existence de l’élite de la Belle Époque ? C’est également une représentation de la vie de tous les jours à la fin du XIXe siècle qui séduit dans les scènes de genre. Les pêcheurs de la baie de Somme de Francis Tattegrain (1852-1915), les scènes champêtres ou les salons parisiens d’Horace de Callias ( 1847-1921), la vie des élégantes de la haute bourgeoisie d’Henri Gervex (1852-1929) nous plongent dans le quotidien de la IIIe République. La jungle des prix Les peintres pompiers ont certes quitté l’enfer de l’oubli, mais ils ne sont pas pour autant au firmament des grands artistes du XIXe siècle. L’amateur peut donc encore aujourd’hui acheter des toiles de qualité et des dessins parfaitement aboutis pour des prix accessibles. Cependant, étant donné la multitude d’artistes pompiers, il est impossible de fixer une cote moyenne. Même constat pour Jean-Léon Gérôme dont les toiles peuvent dépasser des centaines de milliers d’euros outre-Atlantique, comme ce Combat de coqs qui a atteint 354 000 euros chez Sotheby’s New York le 24 mai 2017, alors qu’en France il n’a pas encore vraiment trouvé le public prêt à investir. L’amateur peut ainsi acheter à bon compte des dessins comme cette Étude de gladiateur au sol vendue 1 095 euros chez Binoche et Giquello, à Drouot, le 29 mars 2018, ou cette bacchante au corps de liane adjugée 7 150 euros le 21 mars de la même année chez Artcurial, à Paris. Entre 5 000 et 10 000 euros, on peut aussi essayer de s’offrir de jolies petites toiles de Thomas Couture, l’auteur de l’immense Romains de la décadence (visible au musée d’Orsay) . Un chanoine a ainsi trouvé preneur pour 5 850 euros et un « Modèle faisant une pause » pour 6 760 euros chez Artcurial le 21 mars 2018. Un inépuisable vivier Signe d’un retour en grâce, certaines œuvres pulvérisent leurs estimations. Artcurial proposait une très belle Étude pour le Christ mort, de Paul Delaroche (1797-1856). À sujet religieux, réputé difficilement vendable, correspondait une estimation raisonnable de 5 000 à 7 000 euros. Il a réalisé 49 400 euros ! Quant aux Orientalistes, les ventes-fleuves organisées par certaines maisons de l’Hôtel Drouot affichent des résultats contrastés. Les invendus sont nombreux et les prix pas toujours à la hauteur, car la qualité est bien souvent absente. Ce sont souvent des artistes étrangers comme les Viennois Rudolf Ernst (1854-1932) ou Ludwig Deutsch (1855-1935) dont les scènes de harem ou les portraits de janissaires peuvent s’échanger entre 50 000 et 100 000 euros. En revanche, avec les peintres français on peut faire des affaires. C’est ainsi qu’en novembre 2017 un enchérisseur a pu s’offrir, chez Gros & Delettrez,  La Promenade de la courtisane, de Georges Rochegrosse pour 19 500 euros alors que le vendeur en attendait 25 000 à 35 000 euros. La France, pays d’origine de ces artistes pompiers, reste, selon Mathias Ary Jan, galeriste parisien spécialiste reconnu de la peinture Belle Époque, « un inépuisable vivier d’œuvres  à prix plus raisonnables que ceux atteints par les impressionnistes ». Et d’ajouter : « Si vous prenez, par exemple, Félix Ziem (1821-1911), artiste rattaché à l’orientalisme, ses toiles de Venise ou de Constantinople, vibrantes de lumière, sont dix à vingt fois moins chères ». Ces prix s’expliquent peut-être par le fait que les Français, par crainte de paraître trop conventionnels, hésitent encore à acheter, à la différence des Anglo-saxons. Cependant, tous les professionnels du marché constatent la présence de collectionneurs « nouvelle génération ». En dehors de chez les spécialistes, les œuvres des pompiers sont souvent reléguées en fin de catalogue des ventes d’art du XIXe siècle ou proposées chez des antiquaires généralistes. Quand le collectionneur en trouve une à prix abordable, l’hésitation ne devrait pas lui être permise. On pouvait trouver à Drouot, en 2017, un beau nu pompier, dans une vente non cataloguée pour une estimation de 4 000 euros. Il n’a pourtant pas trouvé preneur. Dommage, car si un acheteur l’avait acquis pour le revendre aux États-Unis il aurait engrangé une belle plus-value. Que faut-il acheter ? Un seul conseil revient dans la bouche des experts de peinture du XIXe siècle « Quel que soit le sujet choisi, il faut privilégier l’élégance et l’équilibre de la composition, le respect des proportions, l’harmonie des couleurs, la recherche d’une certaine perfection d’exécution ». En bref, vous devez rechercher ce que nos aïeuls privilégiaient : un certain académisme. Pour autant, il ne faut pas s’interdire tous les tableaux un peu kitsch qui collent parfois involontairement aux goûts de notre société du paraître. Enfin, en dehors des grands maîtres de l’art pompier, on trouve nombre de parfaits inconnus dont certaines toiles sont d’une incontestable qualité et d’un prix rassurant pour l’amateur peu argenté. Prospectez donc et faites-vous plaisir sans systématiquement penser à une valorisation rapide de vos acquisitions. Par Jean Monville - Aladin Antiquités « ll ne faut pas s’interdire tous les tableaux un peu kitsch qui collent parfois involontairement aux goûts de notre société du paraître. » Interview de Matthieu Fournier, directeur associé de la maison de vente Artcurial « Ce qui séduit toujours, c’est la précision et la richesse des détails, la volonté d’exactitude, le sens de la mise en scène » - Assiste-t-on à un regain d’intérêt pour les peintres pompiers ? « Depuis cinq ou dix ans, les collectionneurs s’intéressent de plus en plus à ces artistes de la deuxième moitié du XIXe siècle. En effet, les tableaux impressionnistes se raréfient et sont devenus inabordables. Ils se reportent donc sur les peintres “académiques” qui ne méritent pas le qualificatif de pompiers, et dont le moteur est essentiellement la recherche du beau idéal. En les achetant, ils cèdent à une certaine nostalgie pour une époque. » - Que recherchent les amateurs ? « Pas seulement les nus, les naïades ou les images de jeunes filles vertueuses. Les scènes historiques, même dures et parfois sanglantes, qu’il s’agisse de l’Antiquité, du Moyen Âge, rencontrent un large public. Mais, quel que soit le thème, ce qui séduit toujours c’est la précision et la richesse des détails, la volonté d’exactitude, le sens de la mise en scène. Tous ces peintres avaient une grande culture classique qu’ils mettaient au service de leur art pour donner une interprétation magnifiée, mais la plus crédible possible, d’évènements du passé ou de scènes de la vie quotidienne. » - Les prix s’emballent-ils ? « Les œuvres des artistes les plus connus comme Bouguereau ou Gérôme atteignent des prix élevés (plusieurs centaines de milliers d’euros), car ils séduisent les Américains, mais également les Asiatiques. À partir de 4 000 euros, on peut trouver de très jolis tableaux signés et datés de petits maîtres de l’art pompier. Pour les petits budgets, le dessin est une excellente option. Toujours de grande qualité, ils sont encore moins chers. Une belle esquisse préparatoire à un tableau ou à une commande de l’État se trouve à partir de 700 euros. Il ne faut pas hésiter à en acheter ! » À l’étranger : de gros prix Nos artistes pompiers ont leur équivalent au Royaume-Uni et en Italie. Dans le premier pays, on parle de peinture victorienne, alors que dans le second on évoque des mouvements, sans notre connotation péjorative. Or, si l’on examine le marché et les résultats des ventes, les artistes de ces pays obtiennent des résultats souvent élevés (parfois des millions…). De telles sommes ne sont jamais atteintes par nos artistes pompiers. C’est essentiellement aux États-Unis que les grandes toiles du plus coté, le Français Bouguereau, font des prix conséquents. Si l’on écarte une grande piéta vendue exceptionnellement 2 770 500 dollars en 2010 chez Christie’s, ses tableaux flirtent souvent avec le million de dollars comme cette Grande sœur, adjugée 852 500 dollars chez Christie’s le 18 avril 2018, ou cet Agneau nouveau-né représentant une jeune fille portant un agneau dans les bras qui a atteint 975 000 dollars le 22 mai, à New York chez Sotheby’s. Mais en France, il est loin d’atteindre de tels sommets et l’on trouve peu de ses œuvres à vendre. PHOTO Le Combat de coqs, par Jean-Léon Gérôme. Huile sur toile. Photo Sotheby’s

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Aladin-Antiquites - Marc Held designer : l'interview
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Marc Held designer : l'interview

Marc Held : du design Prisunic à l’architecture engagée Né en 1932 dans une famille communiste, Marc Held est d’abord professeur de gymnastique avant de se lancer dans le design en autodidacte, puis de s’orienter vers l’architecture. A la fin des années 1960, il compte parmi les jeunes talents auxquels Prisunic fait appel pour proposer des meubles modernes à prix modeste.

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